Vacances

juillet 29, 2012 § Poster un commentaire

« Remarquable, n’est-ce pas? » Robert Benchley, éd. Monsieur Toussaint Louverture

Ceci est un livre qu’on a vraiment envie de conseiller à ceux qui partent en vacances. Non parce que c’est un bouquin facile à lire, « pas prise de tête », drôle et léger, ni parce que le format de nouvelles se prête à « picorer », comme on appelle la lecture en vacances, ni même parce qu’il contient, à l’usage de ceux qui désapprennent à lire en juillet-août, un CD de nouvelles enregistrées par L. L. de Mars, dont la voix nasale et le ton benoît augmentent la drôlerie de Benchley.

Non, si on le mettra, par surprise s’il le faut, dans la valise de nos amis qui s’apprêtent à lire Charlie sur les plages, c’est que les satires de Benchley sont une manière subtile de passer au moins deux messages utiles, en prévision des écueils qui attendent nos congénères en vacances. 1) Ne m’écris pas, surtout si c’est pour expliquer, dans la première partie, que tu n’as pas eu le temps d’écrire avant, « le reste du propos étant consacré aux raisons pour lesquelles il est impératif de clore la lettre sans tarder », merci. 2) Soyons francs, le récit détaillé de ton voyage au retour ne nous intéressera pas, surtout s’il consiste en extases sur l’art « remarquable » des anciens Égyptiens… « Pourquoi devrions-nous être surpris que les gens qui ont construit les pyramides se soient révélés également capables de dessiner une oie qui ait l’air d’une oie? ».

Au cas où ce deuxième message ne passerait pas, Benchley nous donne, en sus, des méthodes pour éviter le calvaire des séances de récits-photos des vacances, à tester (ne PAS écrire au journal pour raconter). Pensez donc, amis qui ne partez pas en vacances, à vous procurer également le dernier Benchley. Bon été.

Article paru dans Charlie 1047

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Feu!

juillet 29, 2012 § Poster un commentaire

« Violence: la violence n’est pas un accident de nos système, elle en est la fondation », Slavoj Zizek, éd. Au Diable Vauvert

« La devise chrétienne « tous les hommes sont frères » signifie également que tous ceux qui refusent cette fraternité ne sont pas des frères », de même que Khomeiny pouvait affirmer que personne n’avait péri dans la révolution, puisque les condamnés à mort « n’étaient pas des hommes mais des chiens! ». La tornade Zizek qui en quatre pages peut convoquer la Bible, Hichcock, la slavitude et Lacan pour montrer que George Soros se fout du monde avec son altruisme à deux milliards, se penche sur le cas de la violence. À l’origine de ce grand remue-ménage de la pensée occidentale, l’histoire de l’ouvrier voleur de brouettes: à force de n’inspecter que les contenu des brouettes, les gardiens ne voient pas que ce que l’ouvrier vole, ce sont les brouettes elles-mêmes. En clair, « les analystes qui décortiquent le contenu des émeutes sont complètement à côté de la plaque »: la violence vraie, originelle, vient du système. La thèse est connue, fleure son Chomsky voire son Vergès, mais le style de Zizek, qui accroche la moindre. Sur l’hystérie religieuse, « ces pseudos-fondamentalistes qui sont le déshonneur du fondamentalisme véritable » (nous aussi on les aime, les Amish et les Tibetains!), y a de quoi brûler dix fois. C’est flamboyant, drôle et riche, borderline aussi parfois, carrément n’importe quoi, mais ça pense!

Article paru dans Charlie 1045

Retour de bâton féministe

juillet 29, 2012 § Poster un commentaire

Un article plus développé sur le dernier livre de Nancy Huston (voir billet précédent), sur nonfiction.fr http://www.nonfiction.fr/article-5919-retour_de_baton_feministe.htm

Muse de la réaction

juillet 29, 2012 § Poster un commentaire

« Reflets dans un oeil d’homme » Nancy Huston, éd. Actes Sud

Nancy Huston est passée de l’autre côté du miroir. Elle l’ancien modèle, la muse de ces peintres, la « plus que mignonne » petite canadienne débarquée à Paris en pleine révolution sexuelle à qui  Kundera faisait du gringue, la fervente féministe enfin, a atteint l’âge mûr. Étant sortie de l’arène de la chair fraîche, du « marché de la bonne meuf », comme dit Despentes, la voilà qui se croit le mieux placé du monde pour juger ce qui s’y passe.

Nancy Huston prend la pose – c’est une habitude – celle de la moraliste. Son credo: l’espèce humaine est comme tous les primates, les filles sont « des biches au milieu des loups », la femme se voit dans l’oeil de l’homme (ses amis peintres pensent pareil, surprise) et cette « évidence rustique »: c’est bien la femme qui fait les enfants, ou-je-me-trompe. Bref, les féministes indifférentialistes et les théoriciens du genre sont de piteux aveugles ou de dangereux idéologues. La preuve (c’est dans le livre): la terrifiante histoire de Camille Claudel, martyrisée pendant que Rodin vaquait à son oeuvre. « Alors ne me dites pas qu’il n’y a pas de différence entre les sexes », martèle Nancy Huston, qui semble croire que c’est Dame Nature qui a envoyé Camille en HP. Pire encore, les revendications unisexes sont mortifères: « On ne peut pas à la fois se scandaliser de ce qu’on prépare les petites filles à la maternité et s’étonner que devenues mères sans y être préparées elles fourrent leur foetus au frigo ». Bien, bien. Heureusement qu’on est préparées à la mauvaise foi, on risquerait de s’énerver.

Article publié dans Charlie 1043

Graphique

juillet 29, 2012 § Poster un commentaire

« Les lois fondamentales de la stupidité humaine », Carlo M. Cipolla, PUF

Le rire est le propre de l’homme, peut-être, ça dépend quel rire: on sait que les fauves se marrent comme le téléspectateur de Vidéo Gag quand ils voient une proie tomber dans sa course. En revanche, il n’est pas de trace dans le monde animal de ce plaisir maso, mystérieux, sophistiqué et primitif, de la statistique. La rationalisation, la schématisation, la mise en système de l’humain a un potentiel comique sous-évalué. En témoigne ce petit ouvrage, éditions PUF, format Que sais-je, pompeusement intitulé Les lois fondamentales de la stupidité humaine, qu’on croirait sorti de la meilleure veine des philosophes du XVIIIe. Carlo M. Cipolla, historien de l’économie, professeur à Berkeley et à l’ENS (le CV de l’humoriste!) se propose de décrire, avec la rigueur scientifique de l’ethnologue, rien de moins que la stupidité. Pour cela, prenez deux critères: l’individu agit-il dans son propre intérêt, son propre intérêt coïncide-t-il avec celui des autres. Se dégagent mathématiquement quatre catégorie, allant de l’intelligence humaniste qui fait le bien en se servant elle-même, à celle du brigant qui nuit à son profit, en passant par le crétin qui s’enfonce en aidant les autres et enfin, last but not least, les stupides, qui font perdre tout le monde, eux compris.

C’est l’hiveeeer

juillet 29, 2012 § Poster un commentaire

« Chronique de la dérive douce », Dany Laferrière, éd. Grasset

« J’ai quitté Port au Prince parce / qu’un de mes amis a été trouvé / sur une plage la tête fracassée / et qu’un autre croupit dans une / cellule souterraine. Nous sommes / tous les trois nés la même année, 1953. / Bilan: un mort, un en prison / et le dernier en fuite. » Le plus célèbre et célébré des écrivains québéco-haïtien-japonais publie en France, près de vingt ans après l’édition québécoise et trente-six ans après les faits relatés,  son arrivée à Montréal en 1976. Jeune immigrant de vingt-trois ans fuyant la dictature, journaliste promu ouvrier par les joies de l’immigration, on a du mal à imaginer ce qu’a pu être son premier hiver au Québec. L’arrivée de Dany Laferrière dans les squares de Montréal, c’est le petit prince, mais à la dure. Ses souvenirs, récités dans la prose rythmée dont il est coutumier, disent la faim, la solitude, la clochardisation, mais sous le masque pittoresque des recettes de pigeon au citron, du miroir que lui renvoient les livres de Bukowski, de l’apprivoisement d’une souris d’appartement faisant fuir – très provisoirement –, les filles qu’il ramène dans sa piaule. Car le jeune Laferrière endure sans gémir la pauvreté, mais a plutôt un gros appétit sexuel. L’auteur de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer découvre Montréal grâce et à travers Nathalie, Julie, et connaît son premier choc culturel avec Vicky:  « Le problème, c’est qu’elle m’a pris pour un homme, donc l’ennemi. […] C’est plutôt un malentendu. Là où elle voit un homme qu’elle peut faire payer, je vois la fille de l’ancien colonisateur qui me doit déjà quelque chose. Notre mauvaise foi commune annule nos revendications ». Humour, amour, intégration réussie.

Article paru dans Charlie 1039

Masculin l’emporte

juillet 29, 2012 § Poster un commentaire

« Comme un seul homme », Emmanuel Pierrat, éd. Galaade

Alors que le Conseil constitutionnel, le semaine dernière, abrogeait le délit de harcèlement sexuel, à cause d’une loi mal écrite, et sans que toutes les associations féministes aient réussi à faire voter une autre loi avant qu’on tombe dans ce trou juridique, revoilà qu’on s’aperçoit que « l’assemblée vote souvent comme un seul homme ». Comment en serait-il différemment puisque de fait, en plus de deux siècle de démocratie française, il n’y a jamais eu qu’un homme pour occuper la plus haute fonction de la République et que le prochain président est, sans surprise – on peut écrire ces lignes avant de savoir lequel des deux a gagné, on aurait pu les écrire au début de la campagne – un homme-un-vrai, hétérosexuel cela va sans dire. On peut pousser la devinette en pariant, à un mois d’avance, que l’assemblée qui sera élue en juin, loin de la parité inscrite dans la loi que ces mêmes députés ont pourtant votée, culminera autour de 20% de femmes, quelques homos outés par-ci par-là, pas de trans. Il faudra donc compter sur la capacité sans doute naturelle de ces hommes universellement identiques pour parler de différence, de genre, de sexualité, et du droit afférent.

Emmanuel Pierrat est avocat, engagé aux côtés des trans et des homosexuels, contre le sexisme. En forme d’état des lieux, à l’usage des législateurs qui ont de moins en moins, regrette-t-il, de notions de droit, il brosse le paysage des domaines dans lesquels l’égalité et la liberté (le simple habeas corpus) reste encore à faire: du mariage gay aux droits des trans, prostitution, information sur la contraception, sexe en prison… « Il était temps de tendre un miroir à la classe politique et à ses électeurs pour que chacun tourne la page de la si peu moderne gauloiserie. »

Article paru dans Charlie 1038

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